Point de départ : à qui appartiennent vos comptes ?
Votre activité vit sur des dizaines de comptes : la banque en ligne, le site internet, le nom de domaine, la messagerie, la page sur les réseaux sociaux, la fiche sur les cartes en ligne, l’espace des impôts, le compte chez les fournisseurs, le logiciel de facturation, la plateforme de réservation, le terminal de paiement.
Qui les a ouverts ? Avec quelle adresse e-mail ? Qui connaît les mots de passe ? Que se passerait-il si cette personne partait ? Dans beaucoup de petites structures, personne ne peut répondre à ces questions pour tous les comptes.
Ce module ne traite pas des pirates ni des virus. Il traite d’une question d’organisation : savoir qui a accès à quoi, et pouvoir le reprendre si besoin.
Si vous n’avez que 10 minutes aujourd’hui : cherchez à quelle adresse e-mail est rattaché le compte de votre nom de domaine ou de votre site internet. Si vous ne savez pas où chercher, c’est déjà une réponse.
À la fin de ce module, ce que vous saurez faire
- Faire l’inventaire des comptes de votre activité.
- Vérifier que chaque compte est rattaché à l’entreprise et pas à une personne.
- Partager un accès sans envoyer le mot de passe par SMS.
- Suivre une liste simple à l’arrivée et au départ d’une personne.
- Protéger les comptes sensibles par une double vérification.
Repères de travail : chaque compte a un propriétaire
1. L’inventaire des comptes
Faites la liste de tous les comptes en ligne de votre activité. Pour chacun, notez :
- le service : banque, site, messagerie, réseau social, fournisseur… ;
- l’adresse e-mail de rattachement : celle qui reçoit les messages de sécurité et permet de récupérer le mot de passe ;
- le titulaire : au nom de l’entreprise ou d’une personne ;
- qui y a accès aujourd’hui ;
- ce qui se passe s’il est perdu : gênant, grave ou bloquant.
Une vingtaine de comptes pour une petite entreprise, c’est courant. Vous en découvrirez probablement que vous aviez oubliés : un ancien logiciel encore payé chaque mois, une page créée par un stagiaire.
2. Les comptes à l’adresse de l’entreprise
L’adresse e-mail de rattachement est la clé de tout : c’est elle qui permet de changer le mot de passe et qui reçoit les alertes (renouvellement, paiement refusé, connexion suspecte).
La règle : tout compte de l’entreprise est rattaché à une adresse de l’entreprise, si possible une adresse générique (`contact@`, `admin@`, `compta@`) plutôt que nominative (`julie@`). Une adresse générique survit au départ d’une personne.
Les comptes ouverts avec une adresse personnelle (celle d’un salarié, d’un ancien associé, du prestataire qui a fait le site) sont à transférer en priorité, tant que la personne est joignable et de bonne volonté.
3. Partager un accès sans envoyer le mot de passe
Envoyer un mot de passe par SMS ou par e-mail, l’écrire sur un post-it collé à l’écran ou dans un fichier « mots de passe » sur le bureau : ces habitudes sont très répandues et fragiles. Le mot de passe se retrouve dans des endroits que personne ne maîtrise.
Deux solutions simples :
- un compte par personne quand le service le permet (beaucoup de logiciels, de banques et de plateformes proposent plusieurs utilisateurs). Chacun a son propre accès, qu’on peut retirer sans changer celui des autres ;
- un gestionnaire de mots de passe : un logiciel qui range les mots de passe de façon chiffrée et permet d’en partager certains avec certaines personnes, sans les afficher en clair. Il en existe de gratuits et de payants, à choisir selon vos besoins.
À défaut, pour une très petite structure, une enveloppe fermée rangée dans un coffre ou un tiroir fermé à clé vaut mieux qu’un fichier sur le bureau de l’ordinateur.
4. L’arrivée et le départ d’une personne
Les problèmes d’accès naissent presque toujours à ces deux moments. Une liste courte, toujours la même, évite les oublis.
À l’arrivée :
- quels comptes la personne doit-elle utiliser ?
- lui créer ses propres accès, avec une adresse de l’entreprise ;
- noter dans l’inventaire ce qu’on lui a ouvert.
Au départ :
- reprendre la liste de ce qu’on lui avait ouvert ;
- retirer ses accès ou changer les mots de passe partagés qu’elle connaissait ;
- transférer les comptes rattachés à son adresse ;
- récupérer les clés, badges et appareils.
Le départ se prépare pendant le préavis, pas après. Une fois la personne partie, même de bonne volonté, tout devient plus long.
5. La double vérification sur les comptes sensibles
Pour les comptes les plus sensibles (banque, messagerie principale, nom de domaine, administration), activez la double vérification quand elle est proposée : en plus du mot de passe, un code envoyé sur un téléphone ou affiché par une application est demandé à la connexion.
Une précaution d’organisation : le téléphone qui reçoit le code devient lui-même une clé. Si c’est le téléphone personnel d’une seule personne, la dépendance revient par une autre porte. Prévoyez une solution de secours (un deuxième appareil, des codes de secours rangés à l’abri, un deuxième utilisateur).
Situations de métier : qui peut reprendre la main ?
Cas 1 — Peintre en bâtiment : le site au nom du prestataire
*Exemple d’un domaine voisin du vôtre, pour illustrer la démarche.*
La situation. Votre site a été créé il y a six ans par un neveu qui s’y connaissait. Le nom de domaine et l’hébergement sont à son nom, avec son adresse e-mail.
Ce qui se passe. Il a changé de vie et ne répond plus. Le site affiche encore vos anciens tarifs, et vous ne pouvez rien modifier.
Le problème d’accès. Un compte essentiel dont le titulaire n’est pas l’entreprise.
Ce que vous pouvez faire. Tant que la personne est joignable, demander le transfert du nom de domaine et de l’hébergement à votre nom. Si elle ne l’est plus, contacter l’hébergeur, qui a des procédures de récupération, souvent longues : d’où l’intérêt d’agir avant.
Cas 2 — Traiteur : le logiciel de facturation
*Exemple d’un domaine voisin du vôtre, pour illustrer la démarche.*
La situation. L’abonnement au logiciel de facturation est payé avec la carte de l’ancien associé, qui a quitté l’entreprise.
Ce qui se passe. Sa carte expire. L’abonnement est suspendu au moment de faire les factures de fin de mois.
Le problème d’accès. Un moyen de paiement personnel rattaché à un outil de l’entreprise.
Ce que vous pouvez faire. Vérifier dans l’inventaire, pour chaque abonnement, le moyen de paiement utilisé, et passer ceux de l’entreprise sur un moyen de paiement de l’entreprise.
Un cas pour votre métier ou votre fonction
Commencez votre inventaire avec les cinq comptes les plus importants de votre activité. Pour chacun, notez sur une feuille :
- l’adresse e-mail de rattachement ;
- le titulaire (entreprise ou personne) ;
- qui y a accès ;
- si la double vérification est activée, et sur quel appareil.
Ce que vous faites ensuite. Repérez le compte rattaché à une adresse personnelle ou à une personne partie. C’est celui à traiter en premier.
Mise en pratique : évaluer le risque d’un accès
Exercice guidé. Pour chaque situation, choisissez le niveau de risque pour l’activité.
Correction : le risque dépend de qui peut reprendre la main
(1) Risque élevé : un compte essentiel rattaché à quelqu’un qui n’est plus dans l’entreprise. Si l’ancien gérant change d’adresse, le renouvellement du domaine peut échouer sans que personne ne soit prévenu. (2) Sous contrôle : deux accès personnels, protégés, chacun indépendant. (3) Risque élevé : une ancienne salariée connaît encore un mot de passe en usage, et personne ne peut savoir qui fait quoi dans la caisse. (4) Sous contrôle : les accès sont rangés de façon sûre et partagés entre deux personnes. (5) À surveiller : la protection est bonne, mais tout repose sur un seul téléphone. Il suffit de noter des codes de secours ou d’ajouter un deuxième appareil. (6) À surveiller : le compte appartient bien à l’entreprise, et l’enveloppe permet de reprendre la main. Mais il faut penser à mettre l’enveloppe à jour à chaque changement de mot de passe.
L’information perdue : le nom de domaine qui expire
Le fil conducteur de cette formation. Une information se perd en route. Trouvez l’étape où elle s’est perdue.
Un cabinet de diététique de trois praticiennes découvre un lundi matin que son site et ses adresses e-mail ne fonctionnent plus : le nom de domaine a expiré. Voici le parcours. À quelle étape l’information s’est-elle perdue ?
Correction : où l’information s’est perdue
Réponse : C. L’information « le domaine va expirer » a bien été envoyée, trois fois, mais vers une boîte qui n’était pas faite pour la recevoir : une boîte très fréquentée, où des messages automatiques passent inaperçus ou finissent en indésirables. L’étape B est banale : une carte expire, et c’est justement pour ce genre d’imprévu que les alertes existent. L’étape A était bien faite (adresse de l’entreprise, renouvellement automatique). L’étape D ne fait que constater la panne.
Ce que l’histoire apprend. Une adresse de l’entreprise ne suffit pas : il faut aussi une adresse surveillée pour les messages des comptes, par exemple `admin@`, relevée chaque semaine par une personne désignée. Et, dans l’inventaire, la date d’échéance des comptes qui expirent (nom de domaine, abonnements, certificats).
Vérifiez vos réflexes avant de poursuivre
Répondez aux trois questions. Après chaque réponse, la correction commentée s'affiche.
Question 1 — À quelle adresse rattacher les comptes de l’entreprise ?
Correction
Réponse : B. Une adresse générique survit aux départs, et une personne désignée garantit que les alertes sont lues. Le gérant aussi peut être absent, vendre l’entreprise ou changer d’adresse.
Question 2 — Une salariée qui avait accès à plusieurs comptes quitte l’entreprise. Quand reprendre ses accès ?
Correction
Réponse : A. Pendant le préavis, la personne est encore là pour transférer ce qui est à son nom et dire ce qu’elle utilisait. La reprise des accès n’est pas une marque de méfiance : c’est une règle, la même pour tous.
Question 3 — Vous activez la double vérification sur la banque en ligne. Quelle précaution prendre ?
Correction
Réponse : C. La double vérification protège bien, mais le téléphone devient une clé. Sans solution de secours, sa perte peut bloquer l’accès pendant des semaines.
Votre bilan : savez-vous qui a accès à quoi ?
- Vous savez faire l’inventaire des comptes de l’activité, avec leur adresse de rattachement et leur titulaire.
- Vous savez que les comptes de l’entreprise doivent être rattachés à une adresse de l’entreprise, surveillée.
- Vous partagez les accès par des comptes individuels ou un gestionnaire de mots de passe, pas par SMS.
- Vous suivez une liste à l’arrivée et au départ de chaque personne.
- Vous activez la double vérification sur les comptes sensibles, avec une solution de secours.
Pour votre état des lieux
Quel est votre principal point faible sur les accès ? Votre choix prendra place dans votre état des lieux, que vous retrouverez au module 10.
Avant de retourner à votre travail
Cette semaine, vérifiez à quelle adresse est rattaché votre nom de domaine (ou votre site), et quand il expire. Notez la date dans votre agenda, un mois avant l’échéance.
